LE NOUVEL OBSERVATEUR  (du 3 au 9 octobre 2013)

Page 120,  LES CHOIX DE L'OBS.  SORTIES CD

 

 

 

 

EL  WATAN Mardi 26 novembre 2013

De Sète à Alger, c’est le premier album de l’Algérien Djamel Djenidi qui reprend en arabe des chansons du célèbre Georges Brassens, avec une orchestration algéroise.

Lyon
De notre correspondant


La vie recommence après 60 ans ? C’est un peu le cas pour Djamel Djenidi qui, depuis Montpellier, à 63 ans, relance sa carrière d’artiste amateur, en lui donnant des airs de professionnalisme. Pour le chanteur algérien, qui, toute sa vie, a compensé la vie laborieuse en la teintant de musique dans son temps libre, la passion pour Georges Brassens lui amènera le tournant dans son existence. Le disque qu’il lui consacre, De Sète à Alger, reprend onze chansons du grand auteur compositeur français, décédé en 1981. Deux ont été traduites en arabe : Une jolie fleur, qui devient Khad el warda, et Je rejoindrai ma belle (Twahacht h’bibti).

Cette dernière bénéficiant de la meilleure transcription chaâbie, très agréable, même si l’ensemble des titres tinte au son d’Alger.  «C’est la première fois que Brassens est traduit en arabe», nous confie-t-il. «Tout a commencé pour moi en 2007, lors d’un concert au palais de l’Unesco, le programme s’intitulait ‘‘Quand un poète enchante le monde !’’ Avec Brassens dans toutes les langues et, là, un ami m’a demandé d’en faire une en arabe. Je pensais que cela avait déjà été fait. Il s’avérait que non. J’ai traduit Une jolie fleur. Je suis, selon les spécialistes de Brassens qui épluchent tout ce qui touche au chanteur, le premier à avoir traduit ses chansons en arabe. Les deux sont dans mon album. Il y a eu, par contre, des Algériens qui ont chanté Brassens façon algérienne, mais en français. Comme Amazigh Kateb qui a repris L’Auvergnat. Il y a aussi Baâziz qui a chanté Je me suis fait tout petit devant une poupée. Et en kabyle Idir a fait Les trompettes de la renommée».

Drôle d’itinéraire pour ce sexagénaire qui avoue avoir «toujours fait de la musique de manière informelle, en amateur, c’est la première fois que j’enregistre quelque chose. Pendant trente ans, j’ai fait de la musique latino-américaine. J’étais un chanteur latin. A cette époque je tentais cependant d’introduire un peu de style chaâbi. Je voyais que cela avait un impact et l’idée, peu à peu, est venue de là. Ça prend bien !». Djamel Djenidi est totalement passionné par l’auteur de Les copains d’abord. «C’est le meilleur, et il est reconnu par ses pairs pour la qualité de ses musiques et de ses textes. Chacune de ses chansons est un vrai petit bijou de versification de poésie, de culture. Il occupe une place à part. Depuis sa mort, il n’y a pas de chanteurs qui sont autant célébrés dans nombre de festivals qui portent son nom. Avec chaque fois des tribus d’amateurs qui se déplacent. Je vais chanter bientôt en Belgique dans un festival annuel. Il y a un noyau de passionnés.»

Pourtant, le chanteur reconnaît que tout Brassens n’est pas à mettre dans toutes les oreilles : «Je ne me lancerai jamais dans l’adaptation de chansons comme Fernande ou Le Gorille. Tout ce qui est trop cru fait partie de lui et il y a aussi les airs trop jazz que je ne pourrais pas transcrire en chaâbi. De plus, le style chaâbi est une écriture fine, précieuse pour toute la famille», explique Djamel Djenidi pour qui les références algéroises sont El Hadj El Anka et Dahmane El Harrachi, «qui a apporté la modernité avec des chansons plus courtes et qui parlent de choses quotidiennes en introduisant les chœurs féminins que je lui ai empruntées, il a été novateur. C’est une référence».

Le public d’Alger pourra peut-être applaudir Djamel Djenidi un jour prochain avec son groupe El Djamila. «C’est mon rêve, j’ai été approché par l’Institut culturel français. J’aimerais bien faire connaître mon répertoire en Algérie. Des amis à Alger m’ont dit, ‘‘ton CD, il va être piraté’’. J’ai dit que cela me ferait plaisir, cela prouverait au moins que des Algériens aiment mes interprétations de Brassens».

 

 

lundi 22 décembre 2014

Médiathèque Marc Bernard à NÎMES

Un Sétois en terre de chaabi

Après le rendez-vous manqué du 11 octobre, où Georges Brassens n'aurait pas manqué de nous écrire un couplet sur les frasques de Jupiter et de ses foudres, on peut dire que Djamel Djenidi et l'ensemble El Djamila étaient très attendus à Marc Bernard.    

80 personnes se sont pressées pour une rencontre unique entre les chansons de notre sétois national et le chaabi algérien, musique populaire héritière de la musique arabo-andalouse.
Ce qui frappe d'emblée, c'est le sourire et la générosité des musiciens. Ils sont manifestement heureux d'être là et de partager avec nous ce moment musical. Et ils nous proposent une prestation de très haute qualité. L’orchestration et les arrangements sont extrêmement travaillés.

Au delà du simple concert, il s'agit d'une véritable découverte interculturelle qu'ils nous proposent. Brassens n'avait jamais été traduit en arabe auparavant. C'est un sacré défi de trouver des équivalents poétiques qui soient compris dans une culture très différente. Du côté français, toucher à notre patrimoine à moustache, quelle audace !

 Et bien, dès les premières notes, on sent que c'est gagné. Le coup de foudre, le charme immédiat. On succombe ...avec délice ... Le creuset multiculturel fait des merveilles. Nous ne sommes plus des « imbéciles heureux qui sont nés quelque part » mais d’heureux citoyens du monde. Certaines chansons gardent leur texte français d'origine, mais la musique seule suffit à les transformer. Même les plus connues sont comme redécouvertes.

 Si on avait pu pousser les murs, on aurait pu déguster du thé au milieu de tentures et perfectionner cet échange raffiné

Un spectateur interrompt le rythme des chansons et intervient : "et bien on peut dire que Georges Brassens doit se retourner dans sa tombe" ...(silence inquiet du public et des musiciens) … " de plaisir, bien sûr".

 Après le spectacle, la discussion et l’échange avec les musiciens enrichissent davantage cette soirée. Même les plus sceptiques (mais curieux, puisqu’ils sont venus) sont enchantés par ce projet si inattendu et tellement réussi.

Anne   Bouchot